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Mémorial 1815

 

Waterloo après la bataille

Pour Napoléon comme pour Wellington, il s’agit de leur dernière bataille : elle mène l’un à la déchéance et à l’exil, et l’autre à la gloire. Elle marque pour les deux hommes le début de leur mythe.
Après son éclatante victoire, Wellington est accueilli en héros national à son retour de Waterloo. Il est acclamé dans la rue pendant ses années de vieillesse, bien que sa popularité subisse des chutes occasionnelles auprès du public. De 1815 à 1818, commandant en chef des troupes d'occupation en France, il fait de celle-ci une alliée de l'Angleterre. En 1830, premier ministre, il réunit à Londres la conférence des puissances européennes qui permit l'indépendance de la Belgique. Sa mort le 14 septembre 1852 à l’âge de 83 ans, donne lieu à des funérailles nationales grandioses. Il est inhumé en grand apparat à la cathédrale Saint-Paul à Londres.
Napoléon, empereur déchu, est exilé sur l’île de Sainte-Hélène à 7 000 km de la France. Il fait rédiger en captivité la justification a posteriori de sa politique et de ses campagnes. Le « Mémorial de Sainte-Hélène », publié seulement après son décès, le montre comme un homme foncièrement libéral et démocrate.  À la même époque en France, une « légende noire » napoléonienne se développe dans les milieux royalistes, aussi caricaturale et outrancière que celle qui courait à l’étranger avant la chute du « bourreau ». D’ardents écrivains comme Madame de Staël, René de Chateaubriand ou Alfred de Vigny, dépeignent le prisonnier de Sainte-Hélène sous les traits d’un « ogre », d’un « Attila » ou d’un « Néron ».
Très peu de temps après la bataille, le site et le nom de Waterloo lui-même vont devenir des mythes. Waterloo marque en effet un tournant dans l'histoire européenne en tant que lieu de mémoire. 
Les différents partis politiques de Belgique et d'Europe vont très vite s'emparer du site et utiliser sa symbolique à leurs fins. Patriotes et indépendantistes belges du « parti français », révisionnistes et bonapartistes nostalgiques déçus par la Restauration de Louis XVIII, considèrent Waterloo comme une blessure et comme le naufrage de leurs idéaux. Ils font de Waterloo un lieu de deuil et vont se recueillir à la mémoire des soldats sacrifiés. A l'opposé, les vainqueurs, principalement britanniques et hollandais, font du site un symbole de la solidarité européenne et de la victoire de la monarchie. 
Mais surtout, la violence sans précédent de la bataille a tellement frappé les esprits que les curieux affluent dès 1815.  Le nombre de corps jetés pêle-mêle dans des fosses communes donne à Waterloo sa dimension sacrée. 
Des pèlerinages dédiés aux héros de Waterloo sont organisés, des cérémonies commémoratives ont lieu chaque 18 juin, des régiments entiers font installer des plaques commémoratives, les nations lèvent des fonds pour élever des monuments et d'anciens soldats s'instituent guides touristiques. On visite aussi les quartiers généraux, la ferme du Caillou pour Napoléon et l'auberge Bodenghien pour les alliés. La création d'une ligne de chemins de fer vicinaux desservant Wavre et Braine-l'Alleud favorise la visite du champ de bataille. Peu à peu, le lieu de dévotion devient site touristique et un peu partout apparaissent des tavernes, des hôtels et des maisons de plaisance. 
Avec cet engouement touristique, le site de Waterloo court le risque d'être défiguré. Très vite, il faut interdire l'accès du site piétiné par l'afflux des curieux. En 1914, une loi est promulguée en faveur de sa préservation : sur 500 hectares, il sera désormais impossible d'édifier des bâtiments ou de planter des arbres. C'est sans précédent en matière de classement de champ de bataille : Waterloo vient d'entrer dans le patrimoine européen.

Informations pratiques

LE MEMORIAL 1815